DERME PÉDAGOGIQUE

21 juillet 2017 Par Sophie Trelcat
© Nicolás Saieh
© Nicolás Saieh
© Nicolás Saieh
© Nicolás Saieh

Inscrit dans le réseau éducatif de l’Alliance française au Chili, le collège Jean-Mermoz de Curicó a fait peau neuve. La nécessité d’une mise aux normes de l’édifice datant des années soixante-dix a été l’occasion de revoir la fonctionnalité d’ensemble et d’apporter à l’école, drapée dans une enveloppe d’alu-zinc, une nouvelle image, à même de représenter la pédagogie de l’institution.


Situé dans une banlieue résidentielle de la ville de Curicó, à 189 kilomètres au sud de Santiago, au Chili, le collège Jean-Mermoz, ayant pour mission de diffuser la culture française, bénéficie d’une réputation sans faille concernant la qualité de son enseignement. Toutefois, l’équipement d’une superficie de 1 450 mètres carrés n’était plus à la hauteur. Bien que de bonne facture architecturale – avec ses pavillons en brique recouverte de stuc, dont les toitures à deux pentes forment de larges débords faisant office de préaux, ses grandes hauteurs sous plafond et son système de cours intérieures –, l’école d’origine avait besoin d’être modernisée. Plus particulièrement, sa couverture en ferrociment ne correspondait plus aux normes sanitaires en vigueur tandis que la fonctionnalité des années soixante-dix n’était plus à même d’accueillir les évolutions pédagogiques. Désignés par la corporation de l’éducation de l’Alliance française, commanditaire du projet, les architectes Guillermo Hevia García et Nicolás Urzúa Soler ont décelé dans le cadre de ces travaux de rénovation l’opportunité de réorganiser l’ensemble du collège. La pose de nouvelles couvertures est alors l’occasion d’apporter davantage de lumière naturelle dans les salles de classe tout en requalifiant l’image du lieu.

« Cette plasticité est par ailleurs liée à la transformation des façades, lesquelles sont habillées de feuilles d’alu-zinc perforées. »

 

La contrainte du temps court de chantier s’est tout de suite imposée comme cadre moteur pour la conception : en effet, l’école doit rester ouverte malgré les travaux importants, et le duo d’architectes ne dispose que de la durée des vacances d’été pour mener à bien le projet. Aussi le choix a-t-il été fait de ne composer qu’avec des structures et des panneaux de formats identiques, afin de favoriser la filière sèche et de réduire les coûts de construction. Les différents éléments ont été élaborés dans deux ateliers distincts – les poutres IPN proviennent d’une fabrique locale à Curicó tandis que les panneaux perforés ont été façonnés à Santiago avant d’être simplement assemblés sur site.

Faisant preuve d’une grande rationalité, le projet décline trois niveaux d’intervention. Le premier consiste à réorganiser les salles de classe autour de quatre patios qui sont autant de lieux singuliers, adaptés chacun à un usage spécifique : jeux pour enfants, terrain de sport pour les élèves du premier cycle, espace de discussions collectives pour le deuxième cycle et enfin un jardin pour le troisième cycle. Afin de clairement délimiter les quatre domaines, un pavillon d’activités pour les enfants a été édifié au cœur du dispositif en s’inscrivant dans la trame orthogonale d’ensemble. La salle se définit par sa grande structure porteuse métallique visible derrière l’une de ses façades faite de baies vitrées toute hauteur. Cette nouvelle construction n’est autre qu’une gigantesque poutre Vierendeel dont le sol, le plafond et trois des façades sont habillés de bois de sapin. La plus longue de ces façades abrite des rangements pour des équipements scolaires et intègre un banc fabriqué dans le même matériau, courant sur toute sa longueur.

Le deuxième type de travaux concerne le clos et le couvert de la totalité des pavillons : des couvertures en alu-zinc, de couleur noir graphite, remplacent les anciennes plaques de ferrociment, les fermes de bois existantes étant conservées. Ces toitures sont confortées par un système de lanterneaux qui apportent à l’école – outre la qualité lumineuse – une nouvelle présence physique dans la ville. Cette plasticité est par ailleurs liée à la transformation des façades, lesquelles sont habillées de feuilles d’alu-zinc perforées. La pixellisation de ces panneaux forme des motifs qui évoquent des paysages français. Pour cela, les architectes ont utilisé des agrandissements de photos représentant des champs de lavande, la surface de la Seine ou encore quelques monuments classiques. Ces plaques, fixées sur une structure secondaire en aluminium, permettent de protéger les activités des salles de classe de l’extérieur – patios, parking et rue. L’ensemble toiture et panneaux verticaux apporte une unité aux constructions d’origine, tout en conservant leur forme, et rappelle en cela les emballages des installations artistiques de Christo et Jeanne-Claude. De nuit, les motifs se détachent clairement et les lanterneaux irradiants accentuent la silhouette régulièrement dentelée du collège.

La troisième échelle de transformation concerne un exercice de détails, qualifiés par les architectes « d’interventions de proximité » : un nouveau système d’accès dans les classes s’effectue de manière directe depuis les patios, les portes des salles sont identifiées par un graphisme original, tandis que l’introduction de sols plastiques de couleurs variées différencie les sections. L’organisation du chantier a été particulièrement performante : les travaux sur site ont finalement été menés à bien en seulement soixante-quinze jours.

 

Article paru dans exé 27 spécial façade métallique (mars-avril-mai 2017)