CETTE OPÉRATION DE 46 LOGEMENTS SOCIAUX LOCATIFS, LIVRÉE PAR L’ATELIER RÉGIS ROUDIL, PREND PLACE SUR L’UNE DES DERNIÈRES PARCELLES DE LA ZAC MONGES-CROIX DU SUD À CORNEBARRIEU. ENTRE PAYSAGE RURAL PRÉSERVÉ ET TISSU URBAIN DE LA VILLE CONTEMPORAINE, CE BÂTIMENT AU DOUBLE VISAGE ADOPTE LA FIGURE ÉLÉMENTAIRE DE L’ANNEAU, OFFRANT DES LOGEMENTS TRAVERSANTS.
Par sa position singulière, le bâtiment que vient d’achever l’Atelier Régis Roudil constitue l’une des portes d’entrée de la ZAC Monges-Croix du Sud à Cornebarrieu, dans la périphérie toulousaine.
Pensée par Bruno Fortier, OBRAS et Michel Desvignes, elle a vu le jour en 2001 afin d’accompagner la croissance démographique liée à l’activité de l’aéroport. Véritable quartier-jardin de 57 hectares, la ZAC articule logements, équipements publics et nature autour d’un vaste parc central, dans une démarche conciliant densité urbaine et qualité paysagère.
Entre espace rural et territoire urbanisé, la parcelle offre une situation de transition qui nourrit directement la proposition imaginée par l’architecte : une volumétrie basse, horizontale et largement ouverte sur son environnement. Le bâtiment qu’il propose attire le regard par la figure élémentaire qu’il convoque, très inhabituelle dans le logement social : un vaste anneau posé dans le paysage.
« CETTE FORME FORTE DU CYLINDRE HABITÉ EST AVANT TOUT UNE RÉPONSE AU CONTEXTE AFIN DE MAÎTRISER LA PERCEPTION DE LA DENSITÉ, DE CRÉER UN COEUR D’ÎLOT PROTÉGÉ ET D’OFFRIR À CHAQUE LOGEMENT UNE RELATION PRIVILÉGIÉE AVEC LE PAYSAGE. »
Régis Roudil s’est saisi de cette géométrie simple pour mener une réflexion approfondie sur la manière d’habiter la ville contemporaine, en plaçant la qualité d’usage et la présence du végétal au coeur du dispositif architectural.
Cette « forme forte » du cylindre habité est avant tout une réponse au contexte afin de maîtriser la perception de la densité, de créer un coeur d’îlot protégé et d’offrir à chaque logement une relation privilégiée avec le paysage.
Les 41 logements sociaux locatifs, répartis sur trois niveaux (R+2), côtoient cinq maisons individuelles en accession sociale développées sur deux niveaux, disposés autour d’un vaste vide central rendu possible par la géométrie trapézoïdale de la parcelle.
Ce jardin partagé prend la forme d’un espace collectif habité qui organise les circulations et encourage les rencontres entre habitants. Deux failles et deux porches créent les conditions de la perméabilité de ce cercle, s’affranchissant des habituelles clôtures.
Dans les logements, tous traversants, une bande humide place toutes les salles de bains et les cuisines le long de la coursive. À l’opposé, chambres et pièces de vie profitent quant à elles d’un prolongement extérieur généreux.
Déclinés du T2 au T5, les logements s’appuient sur un plan efficace où toutes les pièces sont éclairées naturellement. La gradation de l’intimité s’opère progressivement, depuis les circulations collectives jusqu’aux balcons privatifs. Un parking prend place en sous-sol.
Le jardin intérieur, les espaces partagés et les zones végétalisées contribuent à créer un microclimat favorable tout en renforçant le sentiment d’habiter et d’appartenance à un lieu singulier.
Ce projet prolonge la démarche que Régis Roudil développe depuis plusieurs années, celle d’une architecture qui tend à l’essentiel : « Pas de modénature, pas d’inutile ni de superficiel, du sens, de l’émotion et de l’efficience pour former un tout cohérent », résume-t-il.
À rebours des figures urbaines dominantes, l’anneau imaginé par Régis Roudil à Cornebarrieu limite la consommation foncière tout en maximisant les surfaces perméables, en faisant de la qualité d’habiter une priorité.

PRINCIPE CONSTRUCTIF
L’ensemble repose sur une conception bioclimatique doublée d’une haute qualité d’usage des
espaces extérieurs et des logements tous traversants qui permettent la ventilation naturelle.
La compacité de l’architecture proposée et la perméabilité maîtrisée assurent le confort thermique
et la réduction des besoins énergétiques. L’opération est exemplaire en termes de performances
environnementales, conformément aux exigences du cahier des charges de la ZAC. D’un point
de vue constructif, le bâtiment recourt à une structure mixte béton et ossature bois, préfabriquée
à hauteur de 50 %, avec une isolation en laine de bois. Poteaux, dalles et refends sont en béton
tandis que les façades sont réalisées en FOB au rez-de-chaussée et au R+1, puis en MOB au R+2.
Un enduit couleur terre unifie l’ensemble des façades. Des systèmes énergétiques performants sont
mis en oeuvre : pompes à chaleur air/eau et ventilation hygroréglable garantissent un chauffage
efficace et une qualité d’air optimale.

COURSIVES ET PORCHES
Dans cette opération, les logements sont distribués par des coursives. Au-delà de leur fonction, les
circulations deviennent de véritables espaces de sociabilité, entre l’espace public et privé. Les grands
porches traversants relient le coeur d’îlot aux espaces publics environnants et assurent la continuité
avec le quartier. La forme élémentaire du cercle permet de protéger sans isoler. Cette attention portée
aux espaces intermédiaires participe à la qualité d’habiter de cette opération à la faveur d’une architecture
qui fabrique des situations. Les coursives collectives, les porches traversants et les percées
visuelles multiplient les occasions d’appropriation et de rencontres entre les habitants. À l’échelle
urbaine, le coeur d’îlot est relié au grand parc central qui caractérise la ZAC par des passages qui
prolongent les cheminements piétons et rendent le bâtiment poreux. Malgré sa géométrie centripète,
l’ensemble évite ainsi l’écueil de l’enclave résidentielle fermée sur elle-même.

UNITÉ ARCHITECTURALE
Le bâtiment déploie plus de 150 mètres de façade sur l’ensemble de son périmètre extérieur. Cette
longueur est fragmentée par un jeu de séparatifs en bois massif qui participe de l’intimité de chaque
logement. Ces éléments introduisent une échelle domestique évitant ainsi l’écueil de monumentalité
qu’aurait pu impliquer la forme de ce cylindre habité. Les fenêtres scandent les façades de façon
régulière tout comme les montants verticaux de la structure. Par ce dispositif, le projet de Régis Roudil
parvient à conjuguer unité architecturale et perception individuelle de l’habitat. Traversants, tous les
logements bénéficient d’une double orientation et de larges balcons filants qui se déploient sur tout le
bâtiment. Ces prolongements extérieurs améliorent le confort climatique et offrent des espaces de vie
supplémentaires aux habitants. Dans cette région soumise aux fortes chaleurs, la protection solaire
des logements est assurée par l’épaisseur de ces balcons.
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