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Une maison en bois qui se glisse entre les arbres

KARAWITZ — Milena KARANESHEVA|Île-de-France

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Une maison en bois qui se glisse entre les arbres - Image principale
LA MAISON PRINCIPALE — © SCHNEPP*RENOU
+8
Noisy-sur-École, Île-de-France
 

FICHE TECHNIQUE

Architecte : KARAWITZ — Milena KARANESHEVA
Surface :
N/A
Année de réalisation :
2024
Durée des études :
6 mois
Durée des travaux :
12 mois
Matériaux :
BoisZinc
Distinctions :
Prix de la Fédération Française de la Construction Passive

Note d'intention

Située à la lisière de la forêt de Fontainebleau, la Maison Trilogis est conçue comme une architecture en dialogue étroit avec un paysage forestier exceptionnel. Le projet cherche à concilier une écriture architecturale claire et contemporaine avec une intervention minimale sur le site, tant par son implantation que par ses choix constructifs et énergétiques. L’ensemble est composé de deux maisons préfabriquées en structure bois et isolation paille : une maison principale, linéaire et largement vitrée, et une maison d’amis, plus compacte. Leur implantation répond à la géométrie naturelle du lieu : la verticalité des arbres rencontre l’horizontalité des volumes, tandis que les constructions semblent se glisser entre les troncs plutôt que s’imposer au paysage. La maison principale, de plain-pied et posée sur des pieux métalliques, semble flotter au-dessus du terrain. Son architecture fait écho à la légèreté et à la transparence de certaines figures de l’architecture moderne, notamment la Farnsworth House de Mies van der Rohe, dont elle réinterprète les principes à l’aune des enjeux contemporains : sobriété énergétique, matériaux biosourcés, préservation des sols et réduction de l’empreinte carbone. Les terrasses couvertes prolongent les espaces de vie vers la forêt et instaurent une relation permanente entre intérieur et extérieur. L’architecture devient ainsi un dispositif permettant d’habiter la forêt sans la dominer, en recherchant un équilibre entre confort, performance environnementale et immersion dans le paysage.

Origine du projet

Le projet est issu d’un concours international remporté par l’agence pour la réalisation d’une résidence destinée à des maîtres d’ouvrage franco-américains. Le terrain de 8 310 m², situé en bordure de la forêt de Fontainebleau, constitue le point de départ du projet. Son caractère fortement boisé, sa richesse paysagère et sa proximité avec l’un des massifs forestiers historiques et protégés les plus remarquables d’Europe imposaient une attention particulière à l’insertion des constructions et à la préservation du milieu existant. Le programme prévoyait deux entités complémentaires : une maison principale d’environ 153 m², organisée de plain-pied, et une maison d’amis autonome d’environ 40 m², pouvant accueillir jusqu’à quatre personnes. La maison principale rassemble un vaste espace de vie ouvert – cuisine, salle à manger et séjour –, ainsi qu’une partie plus intime regroupant chambres et salles de bains. De grandes terrasses couvertes prolongent les espaces intérieurs et permettent une relation directe avec le paysage. La maison d’amis constitue quant à elle une petite unité indépendante comprenant séjour, kitchenette, salle de bains et mezzanine de couchage. Une particularité importante de la commande résidait dans la présence sur le terrain d’un sous-sol existant, vestige d’un précédent projet de construction resté inachevé. Plutôt que de le démolir, le projet choisit de le conserver et de l’intégrer dans la nouvelle composition. Enfin, dès l’origine, la commande associait les ambitions architecturales à un objectif environnemental élevé, avec la recherche du standard Passivhaus et d’une très faible empreinte carbone.

Contraintes

La première contrainte du projet est celle du site lui-même. Construire au contact de la forêt de Fontainebleau implique de préserver autant que possible la végétation existante, les arbres et les sols, tout en limitant fortement les terrassements et l’artificialisation du terrain. La densité des arbres conditionne directement l’implantation des bâtiments. Il s’agit de trouver leur place dans un environnement déjà constitué, en limitant les abattages et en conservant la perception continue de la forêt autour et à travers l’architecture. La présence du sous-sol existant, issu d’un projet antérieur abandonné, constitue une deuxième contrainte importante. Cet ouvrage devait être intégré dans le nouveau projet sans devenir l’élément déterminant de l’ensemble architectural. À ces contraintes physiques s’ajoutent les exigences programmatiques des maîtres d’ouvrage : une maison principale entièrement de plain-pied, une forte ouverture sur la nature, des espaces de vie généreux et une maison d’amis indépendante. Enfin, l’objectif d’atteindre le standard Passivhaus impose des contraintes précises en matière de compacité, d’orientation, d’isolation, d’étanchéité à l’air, de traitement des ponts thermiques et de qualité des menuiseries, tout en nécessitant une maîtrise des risques de surchauffe estivale liés aux importantes surfaces vitrées. L’enjeu principal consiste donc à concilier des exigences a priori contradictoires : ouvrir largement la maison sur le paysage tout en conservant une enveloppe très performante ; construire dans la forêt tout en touchant le moins possible au sol ; proposer une architecture légère et transparente tout en atteignant un niveau élevé de confort et de sobriété énergétique.

Solutions de l'architecte

La réponse architecturale repose d’abord sur une implantation extrêmement précise des deux volumes dans le site. La maison principale prend la forme d’un volume linéaire, orienté au sud afin de bénéficier des apports solaires passifs. Elle est posée sur des pieux métalliques ponctuels, qui réduisent l’emprise des fondations et permettent au bâtiment de survoler légèrement le terrain naturel. Les terrassements sont ainsi limités au strict nécessaire. L’implantation est ajustée aux arbres existants afin d’en conserver le plus grand nombre possible. Cette logique est poussée jusqu’à intégrer un arbre au dessin de la terrasse principale : le platelage s’interrompt autour de son tronc, donnant l’impression que l’arbre traverse l’architecture. La maison d’amis est quant à elle implantée sur le sous-sol existant, transformant une contrainte héritée du projet précédent en ressource. Le sous-sol est dissimulé sous un modelé de terrain végétalisé et ne se révèle qu’au niveau des ouvertures précisément dessinées pour l’accès, l’escalier et la rampe. La performance énergétique est intégrée dès la conception architecturale. Les volumes sont orientés au sud pour maximiser les apports solaires en hiver, tandis que les larges débords de toiture, terrasses couvertes et pergolas assurent la protection solaire en été. Des ouvertures disposées sur les façades opposées permettent une ventilation naturelle traversante en complément de la ventilation mécanique double flux avec récupération de chaleur. La construction fait appel à une structure bois préfabriquée, associée à des isolants biosourcés en paille et fibre de bois. La préfabrication permet de réduire la durée et l’impact du chantier sur le site forestier tout en garantissant une grande précision d’exécution, indispensable au standard Passivhaus. L’enveloppe associe des menuiseries certifiées Passivhaus à triple vitrage, une forte isolation, une excellente étanchéité à l’air et un traitement rigoureux des ponts thermiques. Ces dispositions permettent de limiter très fortement les besoins énergétiques tout en assurant un haut niveau de confort thermique. Enfin, le choix des matériaux participe pleinement à l’intégration paysagère : bois naturellement ou thermiquement protégé, bardage en bois brûlé selon la technique japonaise du Yakisugi, zinc prépatiné et toitures végétalisées composent une palette volontairement sobre. Les teintes sombres et naturelles atténuent la présence des bâtiments et les inscrivent dans les ombres et les nuances du paysage forestier. La Maison Trilogis propose ainsi une architecture où forme, structure, paysage et performance environnementale procèdent d’une même démarche : construire moins, toucher moins le sol, exploiter les ressources passives du site et établir une relation directe et durable entre l’habitat et la forêt.

Localisation approximative — Noisy-sur-École

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