Pouvez-vous préciser le périmètre d’intervention de Darvey sur ce projet ?
Darvey est intervenu sur l’ensemble du lot structure bois et charpente, incluant la couverture isolée. La toiture est composée de caissons intégrant des carrelets apparents en sous-face à fonction acoustique, avec une gestion fine de l’étanchéité à l’air et de l’isolation thermique. Nous avons également réalisé le bardage bois, avec l’ensemble des encadrements nécessaires à l’intégration des menuiseries. Sur le papier, il s’agit d’un lot de charpente relativement classique mais la complexité géométrique et structurelle du projet, ainsi que son exigence architecturale, en faisaient un chantier tout à fait singulier. D’autant que nous sommes intervenus après une première entreprise : nous avons repris le projet à un stade déjà très avancé de la conception, ce qui impliquait un haut niveau de rigueur pour respecter scrupuleusement les intentions initiales des architectes et du bureau d’études Betrec.
Pouvez-vous revenir sur la conception et les choix techniques mis en oeuvre pour la charpente ?
La charpente est extrêmement dense : on compte 1 137 pièces de charpente primaire, hors chevrons et caissons de toiture. La structure repose sur une logique de multiplication des éléments, avec des sections maîtrisées, plutôt que sur quelques pièces surdimensionnées. Cela génère un nombre considérable de noeuds complexes, où convergent souvent six poutres, parfois davantage, avec des éléments doublés. Ces assemblages sont réalisés à l’aide de platines métalliques, de boulonnages et de goujons, formant de véritables « hérissons » structurels. On parle littéralement de milliers de boulons ! Pour garantir une précision absolue, nous avons fait réaliser un relevé laser 3D complet de la maçonnerie, une démarche assez exceptionnelle pour nous. La tolérance était extrêmement faible : il fallait assurer des reprises de charges parfaites sans jeu excessif. Ce nuage de points a été intégré dans notre logiciel de conception Cadwork, ce qui nous a permis de dessiner une charpente parfaitement ajustée.
Le projet met en avant l’usage de bois locaux. Comment cela s’est-il traduit concrètement dans le choix des essences et des sections ?
Le bâtiment comporte une proportion inhabituelle de bois massif, ce qui est un vrai parti pris. Environ un tiers de la charpente de toiture est constitué de grandes poutres en lamellé-collé, issues de filières européennes, nécessaires pour franchir certaines portées. En revanche, les deux autres tiers reposent sur du bois massif local, principalement de l’épicéa des Alpes, utilisé pour la majorité de la charpente assemblée. Le mélèze des Alpes est quant à lui employé pour les habillages extérieurs, avec des épaisseurs dimensionnées pour répondre aux exigences de résistance au feu. Cette approche est cohérente avec notre pratique : plus la conception est calculée et fine, plus on peut réduire les sections, multiplier les assemblages et recourir à des bois massifs locaux. À l’inverse, une approche moins optimisée conduit souvent à de très grosses sections en lamellé-collé, difficiles à sourcer localement. Ici, le travail conjoint entre architectes, ingénierie bois et entreprise a permis d’aller très loin dans cette logique.
Quelles contraintes spécifiques liées au site ont influencé la manière de construire ?
Le site, perché à 1 300 mètres d’altitude, impose évidemment de composer avec un fort enneigement et une saisonnalité marquée. Les pentes de toiture et les débords importants répondent parfaitement à ces contraintes, tant du point de vue structurel que fonctionnel. Du côté de l’entreprise, la clé a été la préfabrication massive. Tout a été préparé, taillé, assemblé à blanc et contrôlé en atelier pour que la pose sur site soit rapide, précise et sûre. Cela suppose une organisation très rigoureuse et une parfaite continuité entre bureau d’études, atelier et équipes de pose, sans sous-traitance. C’est cette chaîne intégrée qui permet de tenir les délais, de gérer la coactivité et d’atteindre un tel niveau de qualité d’exécution sur un chantier aussi exigeant.