Située dans le nord Aveyron, la communauté de communes Comtal, Lot et Truyère attire chaque année un nombre croissant de visiteurs séduits par la beauté de ses panoramas. Pourtant, si le développement touristique figure parmi les évidentes priorités des élus locaux, la véritable clé de voûte de l’attractivité du territoire réside dans son engagement envers la petite enfance. Aussi, lorsqu’un sinistre sur la toiture met définitivement hors d’usage la crèche d’Espalion, la communauté de communes décide très rapidement de construire un nouvel édifice. Au moment où l’appel d’offres est lancé, en décembre 2021, le site sur lequel doit s’implanter la crèche n’est pas dévoilé. Quant au programme, celui-ci se révèle pour le moins sommaire ! En choisissant la flexibilité du marché à procédure adaptée (MAPA), les élus locaux offrent à l’agence ORRA, fondée en 2019 par Olivier Rigal et implantée à Espalion, l’opportunité de remporter l’appel d’offres aux côtés de Christophe Wilke de WIP Architecture. Une chance pour ces deux jeunes agences, habituées à collaborer sur des projets de réhabilitation en site protégé ou classé mais encore en quête de références en construction neuve pour se distinguer sur les marchés publics. Tout s’enchaîne ensuite rapidement ! « Le 7 mars, nous apprenons que notre offre financière est retenue. Le 22, nous rendons l’esquisse. Et dans ce laps de temps très court, il nous a fallu redéfinir tout le programme avec la maîtrise d’ouvrage ! », se remémore Christophe Wilke. Six mois seulement séparent ensuite le premier trait de crayon du premier coup de pelle…
Afin de s’isoler du lotissement voisin tout en s’ouvrant vers les monts de l’Aubrac et le château de Calmont d’Olt, les architectes conçoivent un objet compact, intégrant dans un unique bâtiment de plain-pied et entouré de hauts murs une crèche et un relais petite enfance. « De l’extérieur, on peut avoir l’impression que la crèche est une forteresse. Le contraste est donc saisissant lorsque l’on pénètre à l’intérieur du bâtiment d’où l’on bénéficie en réalité de vues dégagées sur le paysage alentour, explique Christophe Wilke. L’idée de compacité était très importante pour nous. Elle nous a permis d’obtenir un bâtiment plus performant thermiquement, avec des circulations réduites adaptées aux enfants en bas âge. » 17 mètres carrés pour 800 mètres carrés de surface habitable : voilà un chiffre qui parle de lui-même ! Au coeur du projet, un atrium central dessert, en étoile, les différentes unités de la crèche qui disposent chacune de leur espace extérieur. La mise en place de cloisons vitrées et de patios permet par ailleurs de maximiser l’apport de lumière naturelle au sein du volume compact de la crèche, réduisant ainsi les besoins en éclairage artificiel… et la facture d’électricité ! Quant à la structure, Olivier Rigal et Christophe Wilke optent pour une charpente en bois lamellé-collé préfabriquée, combinée à des voiles de béton de site doté d’une forte inertie, mis en oeuvre selon la technique du pisé à partir de granulats provenant d’une carrière locale, soulignant une fois de plus l’ancrage du projet dans son environnement. « Ce choix manifeste notre volonté de promouvoir les savoir-faire locaux et l’écoconstruction, chaque centimètre carré étant le fruit d’un travail manuel visible », concluent les architectes.
PISÉ DE TERRE OU DE BÉTON DE SITE ?
Engagé dans divers travaux de recherche sur l’architecture en terre, Christophe Wilke imagine volontiers construire la crèche en pisé. Hélas, la terre du site n’est pas adaptée… Les architectes optent donc pour une solution alternative en béton de site, mis en oeuvre selon la technique traditionnelle du pisé, qui leur permet de valoriser les ressources locales disponibles, à savoir les granulats de la carrière Galibert, située à moins de 5 kilomètres du chantier. Ceux-ci sont associés à une très faible quantité d’eau (environ deux seaux pour 300 kilogrammes de béton final) et à de la chaux de Saint-Astier – plus malléable que le ciment – de même teinte que celle employée pour la restauration du château de Calmont d’Olt qui surplombe la crèche, participant ainsi à son intégration dans le grand paysage. De couleur claire tendant vers un beige naturel et 0 1 3 5 m d’aspect brut, les voiles en béton de site ressemblent à s’y méprendre à des murs en terre !
UNE MISE EN OEUVRE INNOVANTE
Non ferraillés, les murs, en compression pure, se comportent différemment d’un béton coulé en place et se doivent donc d’être plus épais pour assurer la stabilité de l’ouvrage. D’une épaisseur de 35 centimètres, les voiles de béton de site sont mis en oeuvre par strates horizontales successives de 12 centimètres, réduites après damage au fouloir pneumatique à une hauteur de 10 centimètres, dernière étape essentielle pour obtenir une densité régulière. Afin d’accélérer la cadence, l’entreprise Bernard propose d’utiliser des coffrages de 5 mètres coulissant à la verticale, technique inédite pour la construction en pisé. « Nous avons eu la chance de pouvoir nous appuyer sur l’expérience des artisans pour optimiser le chantier, alors que la technique du pisé est physiquement très éprouvante », soulignent les architectes. « Pour limiter l’usure physique, nous avons pris le parti de réaliser des rotations régulières, permettant d’alterner coffrage puis coulage/compactage », explique l’entreprise.
SE PASSER DE LINTEAUX…
« Avec Christophe, nous nous sommes donné pour objectif dès le départ de doter chaque espace d’une fenêtre », explique Olivier Rigal. Toutefois, les murs en pisé, en compression pure, rendaient délicate la mise en oeuvre de linteaux en béton traditionnel. Pour remédier au problème, les deux architectes décident donc tout simplement de supprimer la question du linteau en ne dessinant que des ouvertures toute hauteur, simplement couronnées par le complexe de la couverture. « Pour nous, c’est lorsqu’un élément répond à plusieurs problématiques que l’on fait vraiment architecture. » Dotée d’une large casquette, la toiture en aluminium fait donc à la fois office de linteau et de brise-soleil, tout en permettant de faire passer les réseaux, judicieusement intégrés, et en offrant « un bon chapeau » contre les intempéries aux murs en béton de site et à la charpente en bois lamellé-collé.
POUSSER LE CALEPINAGE À SON PAROXYSME
Pour respecter les délais serrés qui leur sont imposés et éviter toute mauvaise surprise sur le chantier, les architectes anticipent au maximum les aspects techniques. « Si l’on pousse suffisamment l’étude au début, tout est simplifié en phase chantier : il suffit juste de bien réaliser ce qui est dessiné. » Olivier Rigal et Christophe Wilke établissent une trame d’1,80 mètre de large, dimensionnée par rapport aux panneaux d’OSB de la toiture, qu’ils utilisent à la manière d’un Modulor pour calepiner l’ensemble des éléments du projet, des casiers aux laies de sol souple en passant par les prises électriques. Pour respecter la trame établie, ils décident de donner aux poteaux en bois la même dimension que les murs en béton de site, à savoir 35 centimètres. Nul besoin d’une section aussi large pour un bâtiment d’un seul niveau, ce qui leur permet d’affiner les poteaux dans la largeur… dégageant suffisamment d’espace pour ajouter du mobilier sur 0 10 30 50 cm mesure et ainsi habiter la structure.

PLAN DE SITUATION
1 Gymnase intercommunal
2 Avenue de Saint-Pierre
3 Le Lot
4 Avenue d’Estaing

PLAN
0 Entrée
1 Jardin végétalisé
2 Cour des petits
3 Dortoir
4 Espace de vie – Salle d’activités
5 Salle de change
6 Biberonnerie
7 Rangements
8 Sanitaires
9 Salle d’activités
10 Dortoir
11 Cour des moyens
12 Chaufferie
13 Local fibre
14 Local poussettes et cosy
15 Bureau de consultations
16 Bureau de la direction
17 Local poubelles
18 Cuisine et laverie
19 Patio espace commun
20 Atrium
21 Patio activités extérieures
22 Salle de change
23 Local entretien
24 Buanderie – Lingerie
25 Vestiaires, sanitaires et douches
26 Salle de réunion et de repos du personnel
27 Bureau animatrice
28 Cour des grands
29 Cour du relais petite enfance

COUPES
1 Cour des moyens
2 Salle de change
3 Patio activités extérieures
4 Atrium
5 Patio espace commun
6 Cuisine et laverie
7 Jardin végétalisé
8 Dortoir
9 Espace de vie – Salle d’activités

Coupe sur la mise en oeuvre du béton de site
1 Mise en place du coffrage (après réalisation
du soubassement en béton)
2 Compression en strate : des strates de béton de site sont versées
dans le coffrage puis compressées à l’aide d’un pisoir mécanique
3 Glissement et blocage du coffrage : en débloquant
les raidisseurs latéraux, le coffrage peut coulisser vers le haut
4 Compression en strate : compression de la seconde partie
du voile en béton de site
5 Glissement puis compression : l’opération est alors reproduite
selon les hauteurs des voiles
6 Protection en tête de mur : afin de protéger le voile en béton
de site compressé, mise en oeuvre d’une couvertine à fort débord

Coupe sur le mur en béton de site et sur le patio
1 Vide sanitaire ventilé
2 Béton banché
3 Membrane de protection
4 Drain
5 Dalle porteuse
6 Isolant projeté
7 Chape ciment avec réseaux de chaleur
8 Sol souple
9 Béton de site non ferraillé pisé sur chantier ép. 35 cm
10 Lame d’air
11 Isolant ép. 14 cm
12 Plaque de finition en plâtre
13 Sous-face extérieure : lame aluminium autoportante micro perforé Ral 7044
14 Bandeau de rive : bandeau en ossature bois,
habillage en aluminium laqué et couvertine en aluminium Ral 7044
15 Pouzzolane
16 Étanchéité bitumineuse
17 Isolant en polyuréthane ép. 160 mm
18 Isolant en laine de roche ép. 60 mm
19 Pare-vapeur
20 OSB
21 Chevron

Coupe sur l’espace change et la cour des grands
1 Meuble intérieur en contreplaqué frêne
2 Faux plafond autoporté intérieur type dalle 60 x 180 mm
3 Structure bois horizontale : poutres en lamellé-collé brut
4 Bandeau de rives patio intérieur : bandeau en ossature bois, habillage en aluminium laqué et couvertine aluminium Ral 7044
5 Protection patio : store horizontal
6 Structure bois verticale : poteaux en lamellé-collé brut
7 Menuiserie extérieure : châssis mixte bois-alu sur cornière en acier galvanisé
8 Tablette intérieure : étagère en contreplaqué frêne
9 Revêtement des cours extérieures : béton drainant et caillebotis PVC
LOCALISATION Espalion (12), France
ARCHITECTES Atelier ORRA – Olivier Rigal (mandataires), WIP Architecture – Christophe Wilke (associés)
www.atelierorra.com, wiparchi.fr
MAÎTRISE D’OUVRAGE Communauté de communes Comtal, Lot et Truyère
PROGRAMME Construction d’une crèche de 60 berceaux et d’un relais petite enfance
SURFACE 799 m²
COÛT 2,217 millions d’euros HT
APPEL D’OFFRES Décembre 2021
LIVRAISON Juin 2024
BUREAUX D’ÉTUDES ET CONSULTANTS
AMO Horizon Crèche
BET TCE ET OPC Groupe OCD
VOILE EN BÉTON DE SITE Batiserf Ingénierie
ENTREPRISES
TERRASSEMENT ET VRD EGTP
GROS ŒUVRE Bernard BTP
CHARPENTE BOIS Émilien Viguier Charpentier
COUVERTURE ET ÉTANCHÉITÉ SAS Paul Barrica
MENUISERIES EXTÉRIEURES ET SERRURERIE Rouergue Aluminium
PLÂTRERIE, ISOLATION, CHAPES ET ISOLATION PROJETÉE SARL Sanhes Jean-Claude et Fils
MENUISERIES INTÉRIEURES, AGENCEMENT ET SIGNALÉTIQUE Nord Aveyron Menuiserie
SOLS SOUPLES Maison Benech
FAUX PLAFONDS Betel Isolation
PEINTURES Gaston Père et Fils
PLOMBERIE SANITAIRES, VMC ET CHAUFFAGE Thermatic Rodez
ÉLECTRICITÉ CFO/CFA SAS Julien Électricité