Simple et monolithique, le Centre nordique éducatif et sportif (ou CNES) s’impose dans la clairière enneigée par sa volumétrie compacte à base carrée, coiffée d’un grand toit à trois pans et d’une demi-croupe tournée vers le front de neige. Ce choix formel n’est pas qu’esthétique. Il répond à une logique fonctionnelle et contextuelle forte, dialoguant subtilement avec l’héritage architectural alpin. Cette silhouette fait écho aux granges qui stockaient jadis le fourrage, transformant ici un équipement public en un nouveau repère dans le paysage. Calé en bordure de route pour ménager un parvis sécurisé, le bâtiment minimise son empreinte au sol. Ses larges débords de toiture, soutenus par des fiches en bois, créent des cheminements abrités au nord et au sud, protègent une terrasse à l’ouest et couvrent l’entrée principale à l’est. « Les rives de toiture sont basses pour préserver le voisinage et minimiser l’impact du bâti à l’échelle du piéton ou du skieur », précise Geoffrey Genay, l’architecte en charge du projet.
L’une des forces du projet réside dans l’assemblage de trois matériaux, chacun utilisé pour ses propriétés intrinsèques. Derrière cette silhouette compacte se cache une architectonique singulière, alliant la robustesse du béton et de la pierre de Grésy locale au bois massif des Alpes. L’enveloppe extérieure est constituée d’un double mur : une peau en pierre calcaire aux nuances familières pour les locaux et une paroi intérieure en béton armé. Provenant d’une carrière située à moins de 35 kilomètres, le calcaire a été mis en oeuvre par des tailleurs de pierre, un savoir-faire malheureusement en déclin. « Il a été à la fois difficile de trouver de la pierre massive en bloc, la plus locale possible, puis d’identifier une entreprise capable de réaliser ces murs en calcaire, face à des variantes proposant des pierres fines venues d’Autriche ou de Hongrie », souligne Geoffrey Genay. La partie en béton assure la structure porteuse et le contreventement. Elle est conçue pour résister aux chocs des équipements de ski et à l’humidité constante.
Au-delà des éléments minéraux, c’est avant tout la construction bois qui est au coeur de la démarche des architectes. L’agence a privilégié des sections modestes pour faciliter l’approvisionnement local et éviter le recours à du lamellé-collé importé. Pour les éléments structurels, le bois vient des massifs avoisinants, situés à moins de 100 kilomètres du site. Le choix des essences a été stratégique : du mélèze, naturellement classe 3 et résistant aux intempéries sans traitement pour le bardage, et de l’épicéa pour l’intérieur. L’organisation spatiale, basée sur un volume compact, répond à un programme dense devant gérer jusqu’à 900 scolaires par jour et pouvant accueillir aussi bien des clubs et des amateurs que des équipes de haut niveau. Le bâtiment s’organise autour d’un carré, réservant les espaces centraux aux vestiaires et au stockage, tandis que les circulations s’enchaînent de plain-pied sous la charpente volontairement visible de tous les espaces. Le plan, basé sur le principe de la « marche en avant », orchestre avec fluidité les importants flux d’usagers. Depuis l’entrée couverte à l’est, les scolaires empruntent un couloir distribuant six vestiaires traversants et un local à chaussures, avant de déboucher dans le coeur du bâtiment : un grand hall de distribution des skis, baigné de lumière zénithale. Cet espace, partagé avec le public individuel, favorise la mixité et les échanges. Les skieurs équipés rejoignent directement les pistes de ski de fond par une sortie abritée au sud-ouest. À l’étage, une salle de musculation et une grande salle commune modulable (divisible en quatre espaces) élargissent les usages. La modularité est un autre pilier du projet. Les cloisons intérieures en bois sont démontables, les tables et bancs s’empilent facilement et les racks à skis sont mobiles. « L’idée est de permettre une reconversion facile si la neige venait à manquer : on peut imaginer un centre de location de VTT en période estivale ou des salles de séminaire, sans modifier la structure », révèle Geoffrey Genay.
Ici, la simplicité de la forme est le résultat d’un processus complexe de synthèse entre contraintes programmatiques, environnementales, techniques et une profonde sensibilité au lieu. Elle aboutit à une architecture sensorielle, où la matérialité – la rugosité de la pierre, la texture du béton brut, la chaleur du bois – participe à la réinterprétation d’un héritage vernaculaire.