FACEB ARCHITECTE - CAMILLE MOURIER ET GERMAIN PLUVINAGE
FESTONS URBAINS
À l’entrée de l’ancienne gare de marchandises Saint-Sauveur à Lille, la nouvelle salle multisports accompagne la transformation d’une friche ferroviaire en futur quartier d’habitat. Empilant trois plateaux sur une parcelle étroite, l’équipement compose avec les héritages industriels du site tout en explorant de nouvelles formes constructives et énergétiques.
Avant d’être l’une des plus vastes réserves foncières du centre de Lille, Saint-Sauveur fut une gare de marchandises pendant près de 140 ans. Lorsque l’activité fut transférée à Dourges en 2003, le site devint une immense friche de 23 hectares, générant une forte coupure urbaine entre les quartiers de Lille-Centre, Moulins, Fives et Wazemmes. C’est dans ce territoire en recomposition que s’inscrit la salle multisports imaginée par FaceB Architecte. Implantée rue Camille-Guérin, à l’orée du futur parc Saint-Sauveur et de la ZAC éponyme, elle constitue l’un des premiers équipements publics appelés à accompagner la mutation du quartier.
Lauréat du concours organisé il y a près de huit ans, le projet a traversé les recours, les incertitudes liées à la ZAC et une relance de l’appel d’offres en pleine pandémie de Covid-19. Entre-temps, le nombre de salles est passé de deux à trois, sans évolution notable du budget. La parcelle, étroite et contrainte, jouxte une ancienne halle ferroviaire réhabilitée. Pour répondre à ce contexte, les architectes choisissent de construire en hauteur. « La Ville voulait un signal », expliquent Camille Mourier et Germain Pluvinage, cofondateurs de l’agence. Dans un paysage lillois où les vues dégagées sont rares, le bâtiment se repère ainsi de loin par le découpage presque scénographique de sa toiture, une frise de festons monumentaux surgissant derrière les halles de brique. Le programme s’organise par superposition : au rez-de-chaussée, une vaste salle polyvalente – divisible en deux grâce à des cloisons coulissantes – accueille aussi bien les pratiques sportives que des activités artistiques. Au premier étage, un dojo borde la toiture de l’ancienne halle. Enfin, au dernier niveau, une salle multisports destinée au basket-ball, au volley-ball et au badminton domine le quartier. Vestiaires, locaux techniques et bureaux associatifs complètent l’ensemble dans une bande programmatique compacte, à l’est.
Cette stratification fonctionnelle trouve sa traduction dans le système constructif, qui fut le fil conducteur du projet. Les architectes revendiquent en effet un dessin où la structure est mise en évidence. Ainsi, les deux premiers niveaux, constitués d’un socle en béton préfabriqué, révèlent les dalles TT de 16 mètres de portée qui dégagent de grands plateaux tout en limitant l’épaisseur des planchers. Les réseaux techniques s’insèrent dans le creux des nervures du plafond, tandis que les vitrages de dalle à dalle dévoilent le profil du système constructif.
Au-dessus de ce socle minéral, le dernier niveau, porté par un squelette bois, change radicalement de registre. Quatre grandes conques également en bois dessinent une silhouette immédiatement identifiable, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nées d’une réflexion sur les sheds industriels, ces formes se sont progressivement infléchies jusqu’à devenir des voûtes inversées rappelant les toitures courbes des halles. Orientées au sud, elles captent la lumière et les calories solaires tout en les diffractant afin qu’aucun rayon direct ne vienne gêner les pratiques sportives. La charpente relève d’une mise au point technique sophistiquée : cinq grandes poutres treillis mixtes bois-acier – les « poutres poissons » – supportent des chevrons courbes en lamellé-collé. Ceux-ci reçoivent un double voligeage croisé constitué de simples planches droites qui, par leur assemblage cloué, acquièrent une courbure et participent au contreventement de l’ensemble. Complexe dans sa géométrie, la structure repose pourtant sur des éléments simples, fabriqués et assemblés avec une grande précision.
L’enveloppe participe, elle aussi, à cette recherche d’équilibre entre performance et expression. Une tôle ondulée en aluminium forme des parties pleines légèrement courbes, alternant avec de larges baies. Réfléchissant le ciel lillois, le métal confère au volume une présence parfois flamboyante.
Conçu dès l’origine selon le référentiel E3C1, le projet a finalement poussé ses ambitions plus loin pour viser la certification Passivhaus, encore exceptionnelle pour ce type d’équipement. Forte isolation, traitement poussé des ponts thermiques, excellente étanchéité à l’air, ventilation double flux à haut rendement et raccordement au réseau de chauffage urbain permettent d’atteindre des besoins de chauffage inférieurs à 15 kWh/m²/an. Une exigence qui a largement façonné la silhouette du bâtiment, à la croisée de la mémoire industrielle, du signal urbain et de la sobriété énergétique.
Texte Sophie Trelcat
Photographies Louis Duboys Fresney

« Nous souhaitions pousser encore plus loin la question du label E3C1 à atteindre », expliquent les architectes de FaceB Architecte. Au fil des études, l’équipe a ainsi choisi de viser la certification Passivhaus. Une évolution qui a impliqué de revoir certains arbitrages constructifs et environnementaux afin de conjuguer réduction de l’empreinte carbone et très haute performance énergétique.

Issue d’un travail collaboratif, la charpente, composée de voûtes inversées – générant de fait des efforts de traction – présentait le défi d’une mise en oeuvre à 10 mètres de hauteur. L’entreprise autrichienne Hasslacher a produit les pièces courbes en lamellé-collé ainsi que les poutres treillis mixtes bois-acier. L’ensemble a été dimensionné par les ingénieurs de Bollinger + Grohmann et mis en oeuvre par l’entreprise Edwood. Disposant de son propre atelier de ferronnerie, celle-ci a fabriqué les pièces en acier, envoyées ensuite chez Hasslacher pour assemblage.

Fabriqué par un industriel belge, le système de dalles TT intègre l’ensemble des éléments porteurs dans l’épaisseur du plancher, permettant de dégager des plafonds sans retombée épaisse et d’offrir une plus grande modularité des espaces. Grâce à la préfabrication, il présente également l’avantage d’un temps de chantier réduit : ici, chaque niveau a été réalisé en deux jours. Un avis de chantier a toutefois été nécessaire pour la mise en oeuvre de ce procédé constructif.
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