K ARCHITECTURES
PROGRAMME Construction d’une salle de spectacles équestres pour le Haras national d’Hennebont avec jauge de
710 places assises et rénovation des écuries
LOCALISATION Hennebont (56), France
ANNÉE 2025 PHOTOGRAPHIES Yon de Poncins TEXTE Raphaëlle Saint-Pierre

UN ÉCRIN À CRINS
Dans le Morbihan, l’agence K Architectures a posé la salle de spectacles équestres L’Écrin au coeur du Haras national d’Hennebont, inscrit au titre des Monuments historiques. Tout en bois et coiffée d’une série de toitures en ardoise, elle décline des références à l’oeuvre de Victor Baltard comme aux halles vernaculaires bretonnes.
Aujourd’hui étendu en lisière d’un quartier résidentiel, le haras d’Hennebont a été édifié en 1858 à la demande de Napoléon III. « Sa façade principale affiche une allure militaire mais à l’intérieur l’architecture est plus rurale et romantique », décrit Jérôme Sigwalt, cofondateur de K Architectures avec Karine Herman. Afin de remplacer le chapiteau utilisé jusqu’alors pour les spectacles équestres, l’agglomération de Lorient a lancé un concours pour la construction d’une vaste salle pérenne au centre de la première cour. Les lieux étant inscrits au titre des monuments historiques, l’Architecte des bâtiments de France a introduit des prescriptions patrimoniales dans le cahier des charges. La salle devait occuper un carré de 40 mètres de côté, avoir des angles biseautés pour faciliter la déambulation du public autour d’elle et posséder des façades pouvant s’ouvrir au maximum afin de retrouver l’intégrité visuelle de la cour en dehors des spectacles.
Si la hauteur des murs du nouvel édifice s’aligne sur celle des écuries, son sommet culmine à 17 mètres, nettement au-dessus du fronton d’entrée du haras, sans pour autant choquer l’oeil. « Nous avons remanié des archétypes comme le marché Secrétan de Victor Baltard, fondé sur un carré, et les halles vernaculaires de Bretagne, tout en bois et en ardoise, et mixé les deux références de manière assez fluide », explique Jérôme Sigwalt. Située dans le 19e arrondissement de Paris, la halle Secrétan, qui date de 1868, est quasi contemporaine du haras. « Nous nous en sommes inspirés pour ce qu’elle véhicule de grâce et de perfection et pour son système de double lanterneau. » Reproduite ici avec des ventelles en bois à lames orientables, cela permet d’éclairer le centre et de ventiler naturellement le volume par un effet cheminée.
Côté matériaux, seule l’utilisation de l’ardoise en couverture était recommandée par l’ABF. « Le bois s’est imposé de lui-même », poursuit Jérôme Sigwalt. L’équipe l’a utilisé en structure et en façade avec un bardage en douglas à faux claire-voie horizontal. De larges pans coulissants derrière des trumeaux fixes la rendent partiellement escamotable. La salle ne devait comporter aucun poteau intermédiaire et offrir une quinzaine de mètres sous cintre pour que les artistes puissent se suspendre. L’ingénieur et les architectes ont imaginé une structure en dôme partiel portant uniquement sur deux façades, alors que le bâtiment est pyramidal. La charpente en épicéa lamellé-collé suédois a été préfabriquée et assemblée en atelier par demi-arc. Quatre arcs arêtiers de 28 mètres convergent sur une clé de faîtage servant de support d’agrès, complétés par huit arcs secondaires sur enrayure et des poutres en treillis mixtes bois-métal assurant le contreventement. « Nous avons cherché à donner une lecture de l’intérieur très didactique en peignant en noir les panneaux acoustiques et thermiques sur lesquels ressortent les liteaux. » Dans L’Écrin, il n’y a pas que les chevaux qui sont mis en scène, la structure aussi.

ARCHITECTURE DE LA RÉSONANCE
Inspirée des premiers cirques sédentaires, la salle de spectacles équestres L’Écrin vient s’inscrire au centre de la cour du Puits du Haras national d’Hennebont, délimitée par l’aile d’honneur et trois bâtiments abritant des écuries. Le site comprend aujourd’hui 32 bâtiments, construits entre 1857 et le début du XXe siècle et un parc de 23 hectares. Les architectes n’ont pas cherché à jouer sur le contraste entre la salle contemporaine et les constructions néoclassiques, en pierre de taille et schiste enduit, datant de la moitié du XIXe siècle, mais plutôt à décliner une écriture inspirée par les halles de marché vernaculaires de Plouescat (XVIe siècle) et de Questembert (XVIIe siècle) ainsi que par le pavillon de Victor Baltard qui se dresse encore avenue Secrétan, à Paris (XIXe siècle). Les angles biseautés de la halle permettent une plus grande fluidité de circulation dans la cour.

BOIS ET MÉTAL
La salle de 1 464 mètres carrés peut accueillir 710 spectateurs assis et 1 430 debout. Les façades de L’Écrin associent des voiles de bois lamellé-croisé (CLT) et des murs à ossature bois revêtus d’un bardage en douglas à faux claire-voie horizontal (Vibrato de Piveteau) avec des meneaux et un soubassement en métal noir. Les huisseries des grandes portes coulissantes sont en serrurerie. Les lanterneaux à ventelles assurent la régulation de la ventilation naturelle ainsi qu’un éclairage zénithal et servent également d’abat-sons, comme sur les clochers des églises. La toiture est animée par l’alternance d’ardoises arrondies et d’ardoises rectangulaires. Afin de magnifier l’ossature en bois, les ouvrages secondaires, comme les caissons acoustiques en bois préfabriqués et les dispositifs techniques, dont la régie, affichent une tonalité sombre et mate ou sont dissimulés par des tentures noires. L’obscurité complète peut être faite pendant les spectacles.

BASE MODULAIRE
La salle modulable est dotée d’une piste adaptable selon les configurations de spectacles : circulaire
de 13 à 19 mètres de rayon pour les circassiens, carrée de 20 mètres de côté ou rectangulaire jusqu’à
40 mètres de long pour le dressage et les spectacles équestres. Les 12 arches de 40 mètres de portée
qui reçoivent les redents des lanterneaux supportent des poutres à treillis qui assurent le contreventement.
Pendant le chantier, la construction d’une tour échafaudée a servi de support de la clé de faîtage.
Puis les arcs ont été assemblés avec une grue. « Le système constructif est développé sur une base
modulaire de trois gabarits dupliqués en quatre exemplaires : des éléments de charpente usinés avec
précision, assemblés sur site, garantissant une exécution fluide et une empreinte chantier maîtrisée. »
La scénographie de support scénique et les gradins métalliques ont été dessinés par les architectes avec
l’agence de scénographie Changement à Vue.
FICHE TECHNIQUE
SALLE DE SPECTACLES ÉQUESTRES L’ÉCRIN
K ARCHITECTURES
LOCALISATION Hennebont (56), France
ARCHITECTES K Architectures – Karine Herman et Jérôme Sigwalt
ÉQUIPE DE PROJET Margaux Aleppe (cheffe de projet)
MAÎTRISE D’OUVRAGE Lorient Agglomération
PROGRAMME Construction d’une salle de spectacles équestres pour le Haras national d’Hennebont avec jauge de 700 places assises et rénovation des écuries
SURFACE 1 464 m²
BUDGET 3,6 millions d’euros HT
DÉBUT ÉTUDES 2022
LIVRAISON 2025
BUREAUX D’ÉTUDES ET CONSULTANTS
SCÉNOGRAPHIE Changement à Vue
STRUCTURE EVP Ingénierie
FLUIDES ET HQE Area Études Nantes
ÉCONOMIE Ecallard Économiste
ACOUSTIQUE Altia
OPC Ascot
SOLS ÉQUESTRES Osmose
ENTREPRISES
TERRASSEMENT ET GROS OEUVRE Maho
CHARPENTE BOIS GLC – Gauthier Lamellé Collé
SERRURERIE SCÉNIQUE 2.44
RÉSEAU ET MATÉRIEL SCÉNIQUE Spectaculaires
ÉQUIPEMENTS ÉQUESTRES Culaud
ÉLECTRICITÉ Lautech
CVC Spie
COUVERTURE Tallot Couverture
GRADINS ET RÉGIE France Tribunes
VRD Pigeon
PRODUITS ET FOURNISSEURS
BOIS FABRICATION LAMELLÉ-COLLÉ Stora Enso et Setra
PANNEAUX CLT Lignatec
BARDAGE BOIS Piveteaubois
© Frédéric Delangle

