DÉJÀ LÀ ?
Un hôtel particulier ? Très particulier… Dans les années 1990, l’agence Dominici & Trudon avait livré une construction un tantinet nostalgique. D’aucuns passant dans la rue Cadet auraient pu, d’un regard distrait, croire à la surélévation de plusieurs constructions anciennes, notamment d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle outrageusement barbouillé. L’endroit était destiné aux tour-opérateurs ; sans doute devait-il inspirer l’image d’un Paris de carte postale. Le tout s’est trouvé jauni et racorni par le temps.
L’agence Petitdidierprioux a hérité de cette situation désuète avec pour client le nouveau propriétaire de cet immobilier qui souhaitait désormais disposer d’un hôtel flambant neuf, parfaitement coordonné avec ses deux autres luxueuses adresses situées dans les Alpes, à Megève, et en Italie, à Rome. S’il s’agissait en conséquence de conserver la vocation commerciale de l’immeuble, il était toutefois demandé de revoir intégralement son architecture. Une démolition était-elle à l’ordre du jour ? Pourquoi pas, mais l’agence a milité pour une transformation vertueuse. L’enjeu était certes environnemental ; il était aussi assurément économique. « Tout repose sur le parfait rapport entre un investissement immobilier, des coûts de travaux et une faisabilité », résume Cédric Petitdidier. La construction est néanmoins jugée « biscornue » et ses façades, « introverties ». « Pour trouver une nouvelle habitabilité – autrement dit des chambres plus confortables – nous souhaitions épaissir la façade, optimiser les volumes et surélever le tout d’un seul niveau », poursuit-il. Retrouver l’alignement permettait de répondre efficacement au premier objectif. Les planchers de béton ont été prolongés afin d’éviter les ruptures – et les éventuelles fissurations qui vont avec – tout en permettant la création, côté rue, de balcons. « C’était une manière de créer un filtre ; l’intimité des chambres est ainsi préservée des vis-à-vis importants qu’impose cette artère étroite de Paris », souligne l’architecte. La matérialité de cette nouvelle façade a fait, au sein de l’agence, curieusement débat. Elle a d’abord imaginé une solution en pierre pour finalement opter pour du métal : « La rue Cadet est faite d’une grande variété d’architectures. Son paysage est notamment marqué par l’imposante façade métallique du Grand Orient de France. Trouver un langage propre plutôt que se fondre était une manière de renforcer cet éclectisme mais aussi d’affirmer la présence de l’hôtel », dit-il. L’architecture vient ainsi incarner l’identité d’un nouveau spot touristique. L’agence dessine, dans ces circonstances, une trame élégante… dans l’air du temps ? « Nous devions avant tout reprendre le rythme des chambres existantes », souligne l’homme de l’art. L’agence a cependant ajouté de nombreux raffinements à ce dessin, notamment des biais qui caractérisent les impostes des derniers niveaux. « C’était une manière de dissocier le registre de la rue et celui de l’attique, qui s’adresse au ciel », dit-il. Ce travail de détail est dicté par « la mono-matière » de l’ensemble. Si elle exige des plans particulièrement précis, elle appelle aussi une exécution rigoureuse. Les entreprises mobilisées sur ce projet ont, au dire du concepteur, excellé : « Elles sont allées jusqu’aux ajustements les plus millimétrés », commente-t-il en évoquant notamment les armoires techniques parfaitement dissimulées dans le capotage des piles de l’immeuble.
Côté gros œuvre, la structure n’a pas fait l’objet de recherche singulière. Elle n’a pas été renforcée et les circulations verticales ont été préservées. Seules deux trémies ont été réalisées pour permettre l’accès à la surélévation et pour faciliter le rapport du rez-de-chaussée aux deux niveaux de soussol. Ces derniers étaient autrefois dédiés à un vaste parking et concentrent désormais une large gamme d’aménités, dont un spa et une piscine. Des réserves et un atelier de maintenance y prennent également place, ainsi que des cuisines. En effet, l’hôtel propose dorénavant une brasserie côté rue, un restaurant côté cour et un bar à cocktails en rooftop. Les nécessaires évacuations des fumées ont été déportées vers une courette relevant davantage « du coin perdu dans l’épaisseur du bâtiment ». Du fait de l’ensemble de ces nombreuses interventions, toutes opérées sans nostalgie, l’hôtel du 24, rue Cadet trouve une belle actualité. Ouvert depuis juin 2023, ses 63 chambres et 10 suites ne désemplissent pas.
Entretien avec Gautier Bonhomme, responsable d’atelier du bureau d’études VS-A et chef de projet sur l’opération
Quel a été le spectre d’intervention de VS-A sur ce projet ?
VS-A a apporté son expertise sur la conception et la réalisation de l’ensemble des ouvrages de menuiserie et serrureries extérieures, des bardages ventilés et des modénatures en façade. Notre intervention a porté plus précisément sur les menuiseries en acier des chambres, les bardages zinc lisses et crénelés formant la trame et les modénatures en façade, les garde-corps en acier façonnés sur mesure à l’aspect de roseaux, la verrière à ossature acier aspect Art nouveau et les portes mixtes bois-acier au rez-de-chaussée. Certains sujets ont nécessité une collaboration plus spécifique avec les autres bureaux d’études, notamment avec Meta (acousticien) et Atixi (thermicien), pour le développement des menuiseries extérieures en acier qui devaient allier la finesse des profils aux performances thermiques de la RT 2012 et aux exigences acoustiques élevées pour le confort des clients.
Quelles ont été les étapes de développement du système de façade ?
La mission de VS-A a démarré en phase APD pour développer un système de façade décorative composé de briques de verre en moucharabieh. Le projet initial, jugé trop éloigné du contexte de la rue Cadet, a été refusé lors du dépôt du permis de construire. Il a donc été repensé par les architectes avec une composition de façade s’appuyant sur les trames des bâtiments mitoyens et avec des matériaux, s’intégrant dans le contexte de la rue, tels que le zinc et l’acier. Les châssis des chambres, conçus sur une trame verticale régulière de faible largeur, ont été développés dès le démarrage des études avec des menuiseries en acier à rupture de pont thermique, qui permettent de réaliser des profils très fins. Les façades du projet revêtues de zinc forment une trame orthogonale uniforme autour des châssis. Ces bardages sont composés de panneaux lisses et nervurés, qui offrent des modénatures régulières mais dynamiques en façade. Les garde-corps des terrasses et balcons s’inspirent du langage de la nature, évoquant des roseaux de hauteurs variables qui viennent faire écho à l’aménagement intérieur et à la verrière côté jardin. Nous avons développé des garde-corps en acier façonnés sur mesure, composés d’un assemblage de tubes avec des embouts filetés et de manchons taraudés liaisonnés entre eux par la main courante.
Quels ont été les principaux défis rencontrés sur ce projet ?
VS-A a travaillé avec différents fournisseurs de menuiseries acier afin de définir un produit permettant d’obtenir des masses vues minimales et d’atteindre les performances thermiques et acoustiques conformes aux exigences programmatiques de l’hôtel. La gamme Unico XS de chez Forster, disposant d’essais acoustiques avec un Ra,tr ≥ 39 dB et assurant un Uw ≤ 1,6 W/m².k, a ainsi été retenue. La verrière côté jardin servant d’espace de restauration a aussi nécessité un développement spécifique. Pour respecter la géométrie du projet, garantir l’étanchéité à l’eau et à l’air et assurer de bonnes performances thermiques pour le confort des clients, nous avons proposé une conception s’appuyant sur les recommandations professionnelles RAGE, avec un système constitué de profilés couvre-joints serreurs continus sur des chevrons. La charpente est composée de Té en acier thermolaqué et de serreurs plats pour le maintien des remplissages vitrés et opaques. Les sas avec des vitrages bombés isolants en couverture et en façade ont fait l’objet d’un avis de chantier porté par l’entreprise TSM et délivré par le bureau de contrôle Qualiconsult. Les produits mis en oeuvre sur le projet sont les profils Therm + S-I de chez Raico et les verres bombés de chez AGC.
Quelles stratégies ont été mises en oeuvre pour répondre aux objectifs environnementaux ?
Le projet s’inscrit dans le cadre de la RT existant globale. Il n’a pas fait l’objet de certification environnementale mais s’approche toutefois des objectifs équivalents au label Breeam good. Pour la conception des façades, notre choix s’est naturellement orienté vers l’isolation thermique extérieure avec un bardage ventilé. Les châssis sont mis en oeuvre en applique intérieure sur précadre en acier avec un calfeutrement entre la menuiserie et le support béton, et un complément d’isolant au droit des tableaux en béton de la baie.

